La passion de Jeanne d’Arc, de Carl Theodor Dreyer

La passion de Jeanne d’Arc, de Carl Theodor Dreyer

La passion de Jeanne d’Arc, de Carl Theodor Dreyer

Critique du film

Article rédigé par Monsieur WALERA David, Auteur de la merveilleuse pièce "Le Martyre de Jehanne la pucelle de feu" disponible à : cette adresse

La passion de Jeanne d’Arc, de Carl Theodor Dreyer Un film unique et intemporel Tourné en 1928, ce film muet de Carl Theodor Dreyer synthétise le procès de Jeanne d’Arc en reprenant mot pour mot dans les intertitres une sélection des paroles de la sainte, telles que les minutes des greffiers nous les ont transmises.

Les trois mois d'interrogatoires serrés sont ici condensés en une seule journée qui s'achève par l'exécution sur le bûcher : admirable et saisissant raccourci dramatique d'une efficacité imparable.

Ce DVD nous offre une version remarquablement restaurée et complétée grâce à des bobines récemment retrouvées, qui ont permis de restituer des séquences que l'on croyait définitivement perdues.

L'usage extraordinaire et quasi systématique des gros plans sur les visages de Jeanne et de ses juges, procédé poussé à son paroxysme, demeure encore aujourd'hui proprement avant-gardiste par sa puissance expressive, qui fait littéralement « parler le muet » !

Aussi, ce film n'a aucunement besoin du son pour nous atteindre au plus profond de notre intelligence et de notre sensibilité, et, ce, d'autant plus quand on a la foi.

La mise en scène se déroule, en effet, comme une vaste liturgie cinématographique qui, par la grande sobriété des décors, nous porte à la contemplation de ces moments historiques, dépassés et transfigurés par leur dimension spirituelle.

Car il ne s'agit pas seulement d'un film historique, mais d'une œuvre d'art aux frontières de la mystique la plus authentiquement chrétienne.

Son titre est sans équivoque : la passion de Jeanne d’Arc continue celle du Christ.

D'ailleurs, Dreyer nous montre Jeanne couronnée par dérision par ses gardes qui l'humilient et se moquent d'elle, comme les soldats romains le firent avec Jésus.

Dans le rôle de Jeanne, Renée Falconetti réussit à nous faire oublier qu'elle est trop âgée pour jouer une jeune fille de 19 ans.

L'intensité de son regard, peut-être parfois un peu trop illuminé, touche directement notre âme lui transmettant au moins une étincelle du feu intérieur qui animait la sainte.

Cette interprétation relevant d'un authentique charisme continue de fasciner bien des cinéphiles.

Seule Simone Genevois, unique actrice à avoir l'âge de Jeanne, surpasse Renée Falconetti par sa fraîcheur lumineuse, réellement touchée par la grâce, dans un film contemporain à celui de Dreyer, La vie merveilleuse de Jeanne d’Arc de Marco de Gastyne, indisponible en VHS, et à rééditer d'urgence en DVD (voir mon commentaire sur Stella Christi).

En bonus, une très belle musique, par un compositeur contemporain, transforme ce film en véritable oratorio.

Mais, c'est sans son, finalement, que les images livrent tout leur pouvoir expressif, en un véritable « chant visuel », intérieur et contemplatif...

Bref, La passion de Jeanne d’Arc demeure un chef-d'œuvre absolu du septième art, et de l'art universel, qui, malgré son âge, atteint l'intemporel.

Et pour preuve, Xavier Beauvois lui a rendu hommage dans Des hommes et des dieux, en tournant le fameux dernier repas des moines tel que l'aurait fait Carl Theodor Dreyer...

David Waléra

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