Tribune — Le point de vue de Clément Jouanne, pour Stella Christi.
Chaque automne, Halloween revient dans les vitrines, les écoles, les conversations et les invitations. On me dit souvent qu’il s’agit simplement de costumes, de bonbons et d’un moment amusant. Je comprends que beaucoup de familles le vivent ainsi. Pourtant, en tant que catholique, mon choix est clair : je refuse de célébrer Halloween et je souhaite remettre la Toussaint au centre de cette période.
Ce refus concerne l’ensemble de la célébration : je ne cherche pas à en conserver une version prétendument compatible avec ma foi. Je préfère consacrer cette énergie à faire découvrir les saints, à prier et à transmettre une espérance chrétienne à mes enfants. Voici les raisons de cette position, ainsi que des propositions concrètes pour la vivre avec joie.
Pourquoi je dis non à Halloween
Ma première question est celle du sens. Une fête ne se résume pas à ce que l’on mange ou à ce que l’on porte. Elle attire notre attention vers certains personnages, certaines images et certaines histoires. Quand les sorcières, les revenants, les représentations macabres ou les figures démoniaques deviennent des éléments de divertissement, je m’interroge sur ce que je souhaite mettre à l’honneur.
Je ne prétends pas que chaque participant adhère à une croyance occulte. Je ne peux pas non plus déduire les intentions d’une famille à partir d’un costume. Mon objection porte sur mon propre choix de participer à cet univers et de le proposer comme rendez-vous familial. Je préfère m’en tenir à un refus cohérent, plutôt que de négocier chaque année une frontière entre les symboles acceptables et ceux qui ne le seraient pas.
Pour moi, la foi doit aussi orienter nos habitudes. Elle ne peut pas rester une référence que l’on évoque uniquement à la messe, puis que l’on oublie dans nos loisirs. Dire non à une fête populaire peut sembler excessif ; j’y vois une occasion d’expliquer paisiblement ce qui compte pour nous.
« Ce ne sont que des bonbons » : pourquoi cet argument ne me convainc pas
Les bonbons, les costumes et les jeux ne posent pas en eux-mêmes le problème que je soulève. On peut organiser un goûter, se déguiser ou faire une chasse au trésor à bien d’autres moments. La question est celle de la célébration à laquelle nous choisissons de les associer.
Mon raisonnement est un principe de vigilance : je préfère éviter de banaliser un imaginaire dont je ne veux pas faire une tradition. Cela ne signifie pas qu’un enfant qui se déguise deviendra nécessairement attiré par l’occultisme. Une telle conclusion serait injustifiée. Cela signifie que, comme parent, je peux choisir les repères que je souhaite lui transmettre sans attendre qu’un problème apparaisse.
Je souhaite que mes enfants sachent qu’ils peuvent s’amuser et vivre une fête chaleureuse sans suivre toutes les habitudes de leur entourage. La cohérence familiale se construit aussi dans ces petites décisions, à condition de les expliquer et de leur donner une traduction positive.
Ce que l’Église enseigne, et ce qui relève de mon avis
Pour défendre une conviction, il faut rester précis sur les sources. Le Catéchisme de l’Église catholique, aux paragraphes 2110 à 2117, traite notamment de la superstition, de l’idolâtrie, de la divination et de la magie. Il demande de rejeter la divination et condamne les pratiques qui cherchent à utiliser des puissances occultes.
Ces passages ne doivent pas être présentés comme une interdiction générale, formulée par le Catéchisme, de toute fête appelée Halloween. Ils ne permettent pas non plus d’assimiler automatiquement un jeu de déguisement à une pratique de sorcellerie. Mon refus complet d’Halloween est une conviction personnelle de prudence et de cohérence chrétienne. Je la défends sans lui attribuer une autorité qu’elle n’a pas.
Sur le site de l’Église catholique en France, le dossier « Toussaint et Halloween, est-ce la même chose ? » invite à redécouvrir la Toussaint. Il fournit un éclairage pastoral ; il ne signifie pas que tous les catholiques adoptent exactement mon appréciation. Je peux défendre un choix ferme tout en reconnaissant cette distinction.
Remettre la Toussaint au centre
La Toussaint, célébrée le 1er novembre, est la fête de tous les saints, connus et inconnus. Elle nous rappelle que la sainteté est un appel à vivre l’Évangile. Le 2 novembre, la commémoration des fidèles défunts nous invite à prier pour ceux qui sont morts. Ces deux jours sont liés, mais ils ont chacun leur sens.
Ce calendrier mérite davantage qu’une place discrète derrière les préparatifs d’une autre fête. Nous avons de belles vies à raconter : des hommes et des femmes qui ont prié, servi, pardonné, persévéré et aimé dans des circonstances parfois très difficiles. Leurs histoires peuvent nourrir la curiosité des enfants et ouvrir des conversations sur le courage, la fidélité et la charité.
Les Béatitudes, en Matthieu 5, 1-12, donnent un fil conducteur à cette découverte. Elles invitent à réfléchir à la douceur, à la miséricorde et à la paix. Voilà le type d’imaginaire que je souhaite faire grandir dans ma famille : des exemples à suivre et une joie à partager.
Comment expliquer ce refus à ses enfants ?
Je privilégierais une explication simple : « Dans notre famille, nous avons choisi de ne pas fêter Halloween. Nous voulons préparer la Toussaint et découvrir les amis de Jésus. Nous allons aussi passer un bon moment ensemble. » L’enfant a besoin de comprendre ce que nous choisissons et de voir que cette décision n’est pas seulement une privation.
Il peut être déçu de manquer une activité avec ses camarades. Cette déception mérite d’être entendue, sans moquerie ni discours alarmiste. On peut lui proposer d’inviter un ami à un autre moment, de préparer un goûter ou de choisir lui-même le saint qu’il souhaite découvrir. L’objectif est de transmettre une conviction compréhensible et une expérience heureuse.
Il est également essentiel de lui apprendre à respecter ceux qui font autrement. Un camarade qui fête Halloween reste un camarade à accueillir. Notre choix ne doit pas devenir un prétexte pour insulter, exclure ou soupçonner les autres familles. Pour amorcer ces échanges, notre guide « Prier en famille avec ses enfants : une méthode simple en 5 minutes » propose un cadre accessible.
Cinq idées pour vivre la Toussaint en famille
- Découvrir un saint. Choisissez ensemble une personne dont la vie peut parler aux enfants. Racontez un épisode concret, puis demandez quel geste ils pourraient imiter.
- Participer à la messe de la Toussaint. Expliquez auparavant ce que l’on célèbre et laissez chacun poser ses questions.
- Préparer un goûter des saints. Dessins, petites présentations, jeux et recettes peuvent rendre cette journée festive. Un costume représentant un saint peut accompagner le récit de sa vie.
- Prier pour les défunts. Autour du 2 novembre, confiez à Dieu les proches décédés. Une visite au cimetière peut être accompagnée d’une prière adaptée à l’âge des enfants.
- Poser un acte de charité. Préparez une carte pour une personne isolée, rendez un service ou partagez quelque chose avec un voisin. Faites le lien avec ce que vous avez découvert des saints.
Il n’est pas nécessaire d’organiser un événement compliqué. Un repas agréable, une histoire et quelques minutes de prière peuvent suffire. Vous pouvez vous appuyer sur notre guide « Prier en famille avec ses enfants : une méthode simple en 5 minutes » ou préparer un coin prière à la maison.
Un refus ferme, vécu avec charité
Je refuse Halloween parce que je souhaite donner une direction claire à mes choix et à la transmission de ma foi. Je préfère investir mon temps dans la préparation de la Toussaint, la découverte des saints et la prière pour les défunts.
Cette position m’engage aussi dans ma manière de parler. La fermeté doit s’accompagner de patience, de respect et de vérité. Dire non n’autorise ni à inventer des dangers, ni à condamner les intentions de personnes que je ne connais pas. La meilleure manière de rendre ce choix intelligible est de montrer ce qu’il permet de vivre : une fête chrétienne joyeuse, des liens familiaux et des gestes de charité.
Et vous, comment préparez-vous la Toussaint ? Partagez vos propositions dans les commentaires, en gardant un échange respectueux.
Sources et références pour approfondir
- Catéchisme de l’Église catholique, §§ 2110-2117 : enseignements sur la superstition, l’idolâtrie, la divination et la magie ; texte français consultable sur IntraText.
- Église catholique en France : Qu’est-ce que la Toussaint ?
- Église catholique en France : Toussaint et Halloween, est-ce la même chose ? Un éclairage pastoral à lire dans son ensemble ; cette tribune exprime un choix personnel de refus.
- Évangile selon saint Matthieu, chapitre 5 : Béatitudes et enseignement de Jésus ; traduction liturgique de l’AELF.
Pour poursuivre votre lecture, découvrez notre rubrique Histoires des saints et nos guides de vie spirituelle.
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