Cristeros, de Dean Wright | critique par Waléra David
Article rédigé par Monsieur WALERA David, Auteur de la merveilleuse pièce "Le Martyre de Jehanne la pucelle de feu" disponible à : cette adresse
Une grande épopée historique bouleversante d'humanité et de foi !
Entre 1926 et 1929, le Mexique connaît une guerre civile d'une rare violence.
Voulant contrer l'influence de l'Eglise catholique, le gouvernement laïc et révolutionnaire impose une loi interdisant toute pratique religieuse, aussi bien publique que privée, et pour arriver à ses fins, n'hésite pas à utiliser l'armée fédérale contre ses propres citoyens.
Le peuple mexicain, après avoir tenté toutes les démarches non-violentes pour rappeler à ses dirigeants de respecter sa liberté de conscience, se voit contraint, par légitime défense, de prendre les armes.
Ces rebelles se font appeler les « Cristeros » en référence à leur cri de ralliement : « ¡ Viva Cristo Rey ! » (Vive le Christ Roi !).
Et tandis que les hommes se battent, des femmes s'organisent pour les ravitailler en armes et en nourriture : ce sont les « Brigades féminines Sainte Jeanne d’Arc », dont le rôle stratégique fut capital.
Et bien que ce film ne nous le montre pas, certaines d'entre elles iront même jusqu'au combat armé...
Il est rare qu'un tel film grand public aborde un sujet historique aussi douloureux avec une telle objectivité et honnêteté (les excès de certains Cristeros ne sont pas oubliés), d'après les travaux des plus sérieux historiens sur le sujet.
Surtout, c'est un regard profondément humain qui nous est partagé sur les différents protagonistes de cette période terriblement violente et meurtrière.
Et encore, le film nous épargne-t-il des atrocités sans nom (par exemple, les soldats fédéraux n'hésitaient pas à mitrailler des enfants à la sortie de leur messe de communion solennelle).
Que l'on croit en Dieu ou non, on ne peut rester insensible au juste combat du peuple mexicain.
Et il est difficile de ne pas être transporté par le courage de ces catholiques de tous les milieux sociaux unis dans des épreuves aussi tragiques.
Surtout quand, malgré tant de souffrances endurées, leur ineffable grandeur se manifeste par le pardon que bon nombre de ces victimes, prêtres ou laïcs, accordent à leurs bourreaux.
Andy Garcia, incarnant le général Gorostieta, qui accepte de prendre la tête des Cristeros malgré son athéisme, nous offre une composition remarquable par sa densité humaine.
Sa conversion progressive, suscitée par sa rencontre avec le jeune José-Luis, qu'il finit par aimer comme son propre fils, est émouvante et passionnante à suivre.
Oscar Isaac se montre parfait dans la peau de Victoriano Ramírez López, surnommé « El Catorce » : sa "gueule" colle à merveille à ce combattant légendaire, dont la carapace rugueuse n'arrive pas toujours à masquer la simple humanité.
Rubén Blades est littéralement saisissant dans le personnage du président Calles, responsable des massacres contre son propre peuple.
Avec un brio doublé d'une très grande subtilité, l'acteur distille toute une palette de nuances, mêlant une diplomatique bonhommie de façade à la fourberie la plus cauteleuse, jusqu'à une froide cruauté qui glace le sang.
Peter O'Toole, dans l'un de ses derniers rôles, joue un vieux prêtre martyr, le père Christopher, qui préfère offrir sa vie plutôt que de sauver lâchement sa peau.
Impossible d'oublier son intense regard lumineux face à ses odieux assassins. Peu avant de nous quitter, l'acteur irlandais nous rappelait ainsi qu'il était l'un des plus grands.
Mais le grand atout de ce film réside dans son plus jeune comédien, Mauricio Kuri, qui interprète avec un prodigieux naturel et une force peu commune, José Luis Sanchez del Rio, un garçon de 14 ans, qui rejoint les rangs des Cristeros.
Le réalisateur s'est concentré sur le martyre, d'une ignoble cruauté, subi par ce jeune adolescent : cette scène insoutenable, par le fait même qu'elle est authentique, fait pourtant éclater toute la puissance de l'esprit humain, par l'exemple de cet être faible résistant à une oppression illégitime et monstrueusement démesurée...
Cette séquence est magistrale de réalisme intégral : comme Mel Gibson dans La Passion du Christ, Dean Wright a réussi le tour de force d'unir le réalisme humain, qui nous montre sans fard l'horreur du supplice enduré par cet enfant, à un réalisme d'une dimension supérieure, qui assume la dimension simplement humaine, tout en la hissant à la hauteur du martyre, dans une transcendance proprement divine.
Et cette transfiguration s'opère à travers les regards qu'échangent José et sa mère (sublime Karyme Lozano), laquelle l'encourage, sans parole, à aller jusqu'au bout de son témoignage ultime.
Cela est sans doute encore plus fort lorsque la mère recueille le corps de son fils : profondément meurtrie comme seule une mère peut l'être face à son enfant mort, elle dépasse cette souffrance insondable, et semble regarder son fils comme s'il n'était plus uniquement sa progéniture, mais déjà un saint, plus grand qu'elle-même, déjà dans la lumière de la Vie éternelle...
De fait, il est profondément émouvant de se sentir touché par ce jeune garçon qui nous insuffle la force de son invincible espérance par-delà le temps...
Par cette séquence profondément bouleversante de pure anthologie, Dean Wright atteint haut la main les sommets du 7ème art.
De plus, rien ne manque à cette super-production hollywoodienne : magnifiques paysages naturels, reconstitution historique exemplaire, notamment par ses somptueux décors, nombreuses scènes d'action palpitantes à souhait, le tout souligné par la très belle musique de James Horner.
Certes, deux ou trois scènes auraient gagné à être traitées avec plus de sobriété, quitte à les supprimer pour alléger le film (notamment, juste après l'exécution du père Christopher, la séquence entre José-Luis et ses parents, assez inutile par son bavardage larmoyant).
Dernier bémol, le doublage français s'avère parfois assez médiocre, sauf pour les rôles principaux (fort heureusement, le jeune acteur français qui prête sa voix à José-Luis se montre à la hauteur de son interprète original).
Mais ces quelques réserves ne pèsent pas bien lourd face aux très grandes qualités artistiques et historiques de ce superbe long métrage, et surtout face à son niveau d'excellence humaine et spirituelle plutôt rare !
A quand un film aussi beau et aussi puissant sur notre guerre de Vendée ?
David Waléra
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